Le meilleur de 2018 jusqu’à maintenant…

Les essentiels à écouter

Nous sommes à la moitié de l’année, et ce fût six mois incroyables en termes de sorties d’albums. Que vous soyez intéressés par les mesures radieuses et nonchalantes de Cardi B, par la pop de Father John Misty teintée de guitare et très éclairée, par l’album concept onirique de Janelle Monáe ou encore par la bande-son pour Black Panther de Kendrick, nous avons fait un tour d'horizon avec notre sélection des albums sorti depuis le début de l'année.

  • Cardi B - Invasion of Privacy (Explicit)Attention contenu explicite
    • 16-bit FLAC
    La rapper ex-strippeuse du Bronx Cardi B a souvent l’air guidée par une attitude éhonté. Elle n’a certainement pas baissé les yeux en assumant le rôle de star à paillettes, clouant le bec aux « haters » depuis sa révélation dans le hit trap « Bodak Yellow ». L’album Gangsta B*tch Music et son importante collaboration avec Bruno Mars et Migos a vanté son impertinence, avec son style braggadocio, le tout plongé dans une sexualité sans excuse. Le résultat est si ahurissant et déroutant qu’il n’est pas difficile de voir pourquoi elle a été comparée à Lil’ Kim et Foxy Brown, ni pourquoi elle fanfaronne auprès des fans comme Janet Jackson. Mais la douce vulnérabilité bossa nova de « Be Careful » montre que Cardi est plus polyvalente qu’attendu, et son début très attendu semble propice à satisfaire les paparazzi autant dans ce qu’il a de révélateur et personnel que de détonnant. Sur ce premier album, Cardi s’installe sur le trône en reine du rap avec une grande aisance.
  • Kacey Musgraves - Golden Hour
    • 24-bit FLAC
    L'auteure-compositrice-interprète texane Kacey Musgraves s'est depuis longtemps imposée comme une artiste renommée dans le milieu de la Country. En effet, ses deux premiers albums studio ont démontré sa capacité à manier l’ironie de façon provocante et adroite. Sur cette troisième sortie, un peu plus douce que les précédentes, on retrouve Musgraves se poser elle-même la question : "Comment cela sonnerait si Imogen Heap avait fait un album de Country ?" La réponse transparaît dans ce disque doux et lumineux. Bien qu'il soit aussi maitrisé que ses précédentes productions, l'artiste semble plus fragile et se révèle ici plus dans ses vulnérabilités que dans ses fulgurances. Alors que Golden Hour sort, telle une accalmie entre les innombrables déferlantes pop, nous comprenons pourquoi Kacey Musgraves incarne la renaissance de la Country en tant qu'artiste avant-gardiste.
  • Janelle Monáe - Dirty Computer (Explicit)Attention contenu explicite
    • 16-bit FLAC
    Quand vous excellez dans l’invocation d’univers créatifs alternatifs, vous laissant habiter par des alter ego extraterrestres, l’étape radicale suivante est certainement de laisser de côté tous les artifices. C’est exactement ce que Janelle Monáe prévoit de faire sur son premier album depuis cinq ans, en expliquant au New York Times : « Je savais que j’avais besoin de faire cet album, je l’ai retardé et encore retardé car le sujet principal, c’est Janelle Monáe ». L’honnêteté émotionnelle ne vient jamais aux dépens de l’ambition, néanmoins Monáe maintient sa réputation comme artiste du Kansas la plus innovante, délivrant des arrangements complexes qui englobent pop, funk et soul, grâce à l’aide de Grimes, Pharrell, Brian Wilson et de son regretté mentor Prince. Si on ajoute à cela des paroles franches au sujet de la race, du genre, du sexe et des inégalités sociales au tout, on obtient un des albums les plus audacieux de l’année 2018 jusqu’ici.
  • Father John Misty - God's Favorite Customer
    • 16-bit FLAC
    Josh Tillman, aussi connu sous le nom de Father John Misty est connu pour appartenir à un milieu évangélico-chrétien stricte. Il élabore une musique pop chaleureuse et simple, éclairée par une fin d’adolescence à écouter Bob Dylan dans sa période la plus chrétienne, le tout surmonté d’observations et d’ironie caustique. Le quatrième album de Tillman sous ce pseudonyme semble être une suite logique à ses deux prédécesseurs : « I Love You, Honeybear » était incroyablement drôle et excessivement romantique, immortalisant la rencontre de Tillman avec sa femme, alors que son album couronné d’un Grammy « Pure Comedy » était plus arrogant et glorieusement au dessus du lot. Désormais, avec « God’s Favorite Customer », avec toute l’ironie que le titre ne pourrait suggérer autrement, on le retrouve plus honnête, désespéré et vulnérable que jamais, s’agitant pour sauver sa relation. Explosant, déchirant et divinement sérieux, Father John Misty prove qu’il est bien plus qu’un simple plaisantin.
  • Rejjie Snow - Dear Annie (Explicit)Attention contenu explicite
    • 16-bit FLAC
    Si vous êtes fan de rap, Rejjie Snow est probablement un nom qui revient fréquemment sur votre radar. La star hip-hop de Dublin a en effet commencé à faire parler de lui en 2012 en abandonnant sa bourse universitaire de football pour se consacrer à la musique. Cette perte pour le monde du sport a été un gain important pour le monde de la musique si bien que son premier album commençait à se faire attendre. Il y a quelque chose de vraiment captivant et rafraîchissant dans le son de Rejjie Snow, son accent irlandais envoutant et ses rythmes doux y sont surement pour beaucoup. Avec Rahki en tant que producteur exécutif (il a notamment travaillé sur To Pimp A Butterfly), Aminé et Anna of the North en guest, ce premier album envoie directement Rejjie Snow en première ligue. Et le discours émouvant sur l'amour et la déperdition qui parcours l’album va surement l’installer là pour longtemps.
  • Beach House - 7
    • 16-bit FLAC
    Y a-t-il meilleur groupe au monde qui ait réussi à maîtriser l’art de la dream pop immersive que Beach House ? Les réponses courte pour l’instant mais, le duo de Baltimore semble inégalé dans la création d'une véritable magie sonore qui glisse sans effort entre un shoegaze cathartique et des berceuses planantes. Sur l’album « 7 » (sans surprise leur septième album), le duo est encore plus hypnotique et audacieux que jamais, citant la « renaissance et la réjuvénation » comme procédés sous-jacents à la composition de leur album. Il y a certainement quelque chose de frais et innovant dans leur son, comme c’est la première fois qu’ils ont décidé de créer des morceaux qu’ils ne pourraient pas jouer en live. Abandonner cette contrainte qu’ils se sont faite leur donne une grande liberté d’action, et par les temps qui courent, l’effet baume apaisant qui fait la marque de fabrique de Beach House semble plus nécessaire que jamais.
  • Lily Allen - No Shame (Explicit)Attention contenu explicite
    • 16-bit FLAC
    Après son dernier album Sheezus, dont le son, a-t-elle confié depuis, a été considérablement aseptisé par la pression que lui mettait son label, on retrouve une Lily Allen animé par ses propres désirs de création sur son quatrième album. Il en résulte une sortie douce et touchante, pleine de perspicacité au sujet de son passé chargé d’excès hédonistes lié à la célébrité et à son divorce. Une ballade émouvante évoque les sentiments ressentis par ses enfants lorsqu’ils essaient de faire face à une mère absente, trop souvent partie en tournée : “Please don’t go, stay here with me / it’s not my fault, I’m only three”. Littéralement « Ne part pas, reste avec moi , ce n’est pas ma faute, je n’ai que trois ans. ». Si Allen avait un peu perdue son identité sur son avant dernier album, No Shame la trouve plus confiante et vulnérable que jamais.
  • Kamasi Washington - Heaven and Earth
    • 16-bit FLAC
    Le roi de la scène jazz actuelle est de retour avec un deuxième album tout aussi doux que passionnant comme attendu mais ouvertement plus politique cette fois. Le saxophoniste de Los Angeles Kamasi Washington a décollé après son travail sur To Pimp A Butterfly, et a fait sensation avec les propos virulents de cet album. Il en résulte un mélange entre une réalité sans passion et une imagination céleste. Un double album avec les cris rassembleurs sur Earth, qui rencontrent les inspirations rêveuses sur Heaven. Ce n’est pas aussi sérieux qu’on pourrait le croire car ces albums regorgent de sons vicieux comme une bande son de films des années 1970, ce qui est très drôle. Sur Heaven et Earth Kamasi Washington prouve avec son groupe qu’il est bien plus ambitieux et immersif que jamais.
  • Arctic Monkeys - Tranquility Base Hotel & Casino
    • 24-bit FLAC
    • 16-bit FLAC
    "Ce rock'n'roll, hein ? Ce rock'n'roll là, ça ne va pas disparaître." Cette phrase résume le discours abject (et bizarre) d'Alex Turner aux Brit Awards de 2014, lorsque les Arctic Monkeys avaient été énormément récompensés pour leur dernier album, AM. Étrangement, il avait raison : alors que les tendances et les prévisions ne le présageaient pas, la longévité de la bande de Sheffield témoigne du pouvoir durable du rock'n'roll. Ce sixième album expose des compositions luxuriantes pouvant parfois rappeler Serge Gainsbourg et une certaine rigueur jazz tout en se confrontant aux technologies actuelles, nous encourageant ainsi à détourner l'attention du déclin culturel de la pop. Aussi bien vulnérable que grandiose, Tranquility Base Hotel & Casino est à la hauteur du discours de Turner : pour ceux qui s'interroge sur la pertinence du rock'n'roll, voici le micro d'Alex Turner.
  • Frankie Cosmos - Vessel
    • 16-bit FLAC
    Le projet Frankie Cosmos de Greta Kline compte jusqu’à maintenant 51 releases (si vous comptez tout ce que le groupe a sorti sur BandCamp). Mais la quantité ne se fait pas du tout au détriment de la qualité : Vessel est la 52ème sortie et cet album est aussi doux et baigné dans le vrai DIY que tout ce qui l’a précédé. Il s’agit d’un album d’indie-pop attachant dont les parties vocales des morceaux sont surmontées d’innocence, sans jamais trop verser dans l’excès. On retrouve également une énergie fraîche pleine d’ambition, du fait que le groupe de New York ai ajouté une guitare supplémentaire au tout. Les sons sont plus forts et lourds que jamais. Toute cette énergie torrentielle, ces morceaux parlant d’amour, de rupture, de joie et de peine, maintiennent les rapports intimes confus où Kline et compagnie sont les meilleurs.